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SOUVENT SEUL, TOUJOURS ENSEMBLE

Publié le par Martin

Kia Ora les Ptits Poulets. Je reprends kiwialacoq à bord de l’Air New Zealand en direction de Sydney. Une nouvelle histoire qui démarre pour quasiment six mois sur le nouveau film de La Planète des Singes. J’arrive en terre kangourou avec du nouveau sur les lignes de mon pedigree : à nouveau Papa, officiellement néo-zélandais et marathonien.

Papa pour la seconde fois, quel bonheur ! Alicia s’est fait désirer en arrivant une semaine après son terme. À l’inverse de son frère quatre an plus tôt, celle-ci n’a pas pris de raccourci, elle a suivi la voie des grands ducs comme des milliards de semblables avant elle, faisant agoniser une maman de plus. Pas de péridural, à l’ancienne. Vas-y souffre ma chérie, fait le boulot… tu veux du pop-corn ? Sérieusement, on l’a belle les mecs, j’en ai honte parfois. La plus grande erreur de l’humanité est d’avoir considéré la femme comme le sexe faible. Mais voilà, Virginie, Maman merveille, est allé au bout de ses forces pour qu’Alicia inspire son premier bol d’air. Ce bébé est une poupée avec des cheveux de trolls. Tom l’adore et la cajole sans arrêt. Moi je passe mon temps à l’embrasser jusqu’à l’agacement avec ma barbe piquante contre ses joues molletonnées. Autant de bisous et de câlins possibles avant de lui dire au revoir pour quelques temps, tant pis pour les retours fréquents de laits maternelles aux senteurs de bile sous le col du T-shirt.

            En plus de la naissance d’Alicia, 2022 marque aussi le tant attendu accès à la citoyenneté néo-zélandaise. Huit passeports pour toute la famille, quatre bordeaux et quatre noirs, des tickets illimités pour deux continents. Après neuf ans en terre kiwi, ça a quand même son petit effet.

            La vie à quatre prend une autre dimension. Nous sommes une petite tribu désormais et je me sens plus papa poule que jamais. Les laisser à nouveau pour ce projet a un goût amer. Comme beaucoup de mes collègues dans nos métiers, j’ai l’impression d’avoir une double vie.  Certains mois, je suis un père de famille qui joue avec ses enfants, leur donne le bain et leur racontent des histoires. Et d’autres j’observe une cité étrangère du haut de ma chambre d’hôtel aseptisée me demandant comment, le weekend venant, je vais compenser ma solitude et exploiter ma liberté. L’un est aussi vrai que l’autre. Puis chaque nouveau lieu apporte ses propres réponses et offre une abondance d’options. Il y a toujours à explorer, à découvrir sur les mers ou sur la terre. Je suis à Sydney, je viens d’acheter un surf, j’ai mon matos de plongée, mes chaussons d’escalade, mes gants de boxes, mes chaussures de running, mon appareil photo. Les conditions dicteront le choix du terrain de jeu.

Mais la plupart du temps, les chimpanzés numériques vont réquisitionner toute notre attention tirant sur la corde de nos rythmes circadiens. Ivre de fatigue, nous nous demanderons alors pourquoi on s’inflige ça, étant loin de ceux qu’on aime. L’esprit éreinté se jouera de nos doutes, les appels quotidiens de nos bouilles d’amour nourrirons nos certitudes. Il faudra trouver la paix quant à notre perception du temps, prendre soin des joyaux du passé qui définissent notre présent pour bâtir le plus beau des futurs, pour nos enfants. Vivre de sa passion, souvent seul, pour mieux se retrouver, toujours ensemble. Tel et le fardeau de nos métiers de magiciens, de fabriquant de rêves qui nous arrachent à la réalité pour conquérir sans cesse les frontières de l’imagination collective.

Un jour, un type a couru 42,195 kilomètres pour livrer un message. Il parait qu’il en est mort ce con. Pas de bol, à quelques millénaires près il aurait eu WhatsApp. Depuis, des centaines de milliers d’abrutis ont trouvé que c’était une bonne idée de faire la même chose, pour le fun ! En termes d’abrutis, j’en tiens aussi une sacrée couche, alors j’ai décidé de joindre la cohorte des gogoles. Puis on réalise que chaque idiot va chercher dans la souffrance physique une manière de se prouver quelque chose, de combattre un mal à l’âme, par un mal au corps, et d’en sortir vainqueur. J’ai couru un semi-marathon pour la naissance de Tom, comme un rite de passage vers le véritable âge adulte. Il me paraissait naturel d’attaquer le légendaire marathon pour la naissance d’Alicia. Mais pas seulement.

 Au temps des légendes antiques, était un héros, un aventurier, un explorateur mythique qui a créé des ponts entre le monde des hommes et le monde des Dieux. Ulysse. Ulysse c’est l’histoire d’un petit bonhomme qui a voyagé très tôt vers les cieux divins et sans qui la merveilleuse Alicia n’aurait jamais vu le jour. Alors que je vivais un rêve éveillé dans les piscines d’Avatar, notre second enfant a été diagnostiqué d’une anomalie génétique très rare ne lui donnant aucune chance de survie au-delà de quelques mois. Nous avons pris la décision déchirante d’interrompre la grossesse. Le jour d’une naissance ne devrait jamais être celui d’un adieu. Mais nous l’avons accompagné notre petit Ulysse, vers un monde que nous ne pouvons plus toucher, mais que nous pourrons toujours ressentir. Poussière d’étoile, dans le vent de notre terre d’adoption, vers la mer, le feu dans le cœur. Nous avons suivi nos croyances spirituelles maladroites, sans repère religieux. Mais pour Virginie et moi, cet adieu a du sens et c’est tout ce qui compte. Je n’oublierai jamais ce petit visage à l’apparence si parfaite. Tout comme je n’oublierai jamais le force et le courage de Virginie qui a enduré la souffrance au plus profond de sa chaire. Virginie, ma valkyrie, ne cesse de profondément m’inspirer amour et respect. Un marathon, piètre symbole. Mais si je peux effleurer et partager la douleur de la création de la vie, si je peux courir aussi vite que possible dans le froid, la pluie et le vent pour accompagner un instant notre Ulysse dans son voyage stellaire. Alors j’accepte la souffrance et je la surpasse, pour Alicia, pour Ulysse, pour Virginie, pour Tom, pour le passé, pour le futur, pour conquérir le présent, pour vivre pleinement en hommage à ceux qui sont parti avant nous et inspirer ceux qui seront encore là après.

Je suis dans ma chambre d’hôtel à Bondi Junction, un quartier carrefour de Sydney. L’opéra coquillage n’est pas si loin. La plage et ses vagues encore plus près. Je repense à ce début d’année et cette expérience extraordinaire pour une série de Discovery Channel. Une nouvelle chance de partir en road trip pour plusieurs semaines dans l’île du Sud. Jet boat, canyoning, saut à l’élastique, plongée avec des requins. Puis quand j’avais fini d’être payé pour faire ça, j’ai retrouvé ma famille d’amour pour accompagner l’arrivée de notre nouveau trésor, Alicia. J’ai peut-être l’impression d’avoir une double vie, mais comme je suis chanceux pour chacune d’elle.

Désormais, cette nouvelle aventure commence. Mes chéris sont partis présenter la nouvelle venue à toute la famille en France. Ça me pince le cœur de manquer ça, mais je suis si heureux de les savoir entouré de la chaleur de nos proches. Quant à moi, je vais embarquer ma planche demain à la recherche du spot idéal. Et cette semaine je vais découvrir et former mon équipe en tant que chef de poste. Cette promotion au sein de Wētā FX me donne le rôle de Witness Camera Lead Operator. Ou comment tourner un film avec huit fois plus de cameras que d’habitude pour équiper les artistes digitaux de tous les angles d’une scène afin de rendre possible la transformation magique de l’homme en singe. Darwin serait troublé.

J’espère que tout le monde va bien dans l’hexagone et que la transition de la pandémie vers la guerre n’aura pas raison de votre joie de vivre. D’énormes bécots des désormais officiels Kiwis à la coq !

 

À Ulysse. Bon voyage mon grand.

 

SOUVENT SEUL, TOUJOURS ENSEMBLE
SOUVENT SEUL, TOUJOURS ENSEMBLE
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