My Last Jersey
Comme convenu, désormais la rédaction du blog est dictée par les faits, et non pas par une fréquence chronologique régulière. De la récurrence des faits découle inéluctablement des thématiques, après celle de la bière qui conserve sa poll position espiègle, je pense que les aléas de mon épaule droite tiennent également la marche haute.
Mais revenons en aux faits, les soirs de la semaine passée ont été marqués par un retour en force aux entrainements de rugby quotidiens dans l’optique de préparer chacun de notre côté un gros match samedi. Vendredi soir, après un regain de forme et d’enthousiasme physique, nous partageons un dîner avec nos amis retrouvés tout en appréciant un match de super 15 ; centre d’intérêt, les Hurricanes de Wellington. Ils perdent mais c’est bon de barboter à nouveau dans l’océan rugby.
Samedi matin, remontés comme des pendules après une bonne nuit de sommeil et un petit dej de champion, j’embarque avec Joe vers Upper Hut tandis que Virginie file vers Rongotai College. Strappé, échauffé et titulaire à l’aile droite avec l’équipe 1, je ne demande qu’à en découdre. L’arbitre siffle le coup d’envoi. Une mauvaise entame de match, on se prend un essai du côté gauche après cinq minutes de jeu. Notre numéro 10 frappe le coup de pied d’engagement côté droit, en tant qu’ailier mon boulot est de monter en pointe à la tombée du ballon et d’être le premier défenseur. Un troisième ligne adverse attrape la balle, accélère et relance. Je me place en opposition défensive, il tente de me déborder par la droite, je lui saisis alors le short de la main droite, prêt à me raccrocher à ses jambes pour le faire tomber. Mais le sort, ou, de manière plus cartésienne, la biomécanique en auront décidé autrement. Vitesse, force, accélération, bras saisissant le short en extension, il n’en aura pas fallu beaucoup pour que ça arrive. Encore. Mon épaule prend ses aises et s’autorise une nouvelle escapade, à croire qu’elle y a pris goût. Je sors immédiatement du terrain, sachant aussitôt qu’une page de ma vie était en train de se tourner. La Kiné s’approche et me demande ce qu’il y a, je lui réponds que mon épaule est luxée. Elle s’approche vers moi pour constater les dégâts, je lui fais signe de rester où elle est, je sens comme d’habitude que les ligaments tirent d’eux même pour la remettre à sa place. Ploc, c’est fait, encore plus jouissif que la libération d’un pet trop longtemps contenu. Un peu d’humour grivois pour adoucir la tristesse qui s’empare de moi à cet instant. Glace et écharpe sur le bord du terrain, je regarde mes potes gagner le dernier match dans lequel j’aurais joué.
Alors que le reste du corps n’aura jamais été aussi prêt et affuté, la réalité de cette épaule folle m’oblige à tirer ma révérence prématurément de ce sport que j’aime tant. Il faut savoir se rendre à l’évidence, à quoi bon jouer si c’est pour prendre le risque de se déboîter l’épaule au premier contact, si je ne peux pas jouer à 100% alors j’aime autant ne pas jouer du tout. Ce n’est pas faute d’avoir fait tout le nécessaire en rééducation et renforcement pour éviter la récidive, mais cette blessure est une véritable saloperie, il suffit d’une fois pour qu’elle s’amuse à vous pourrir la vie encore et encore.
Je remercie Jean-Ed, mon ami et kiné pour tout le temps qu’on a passé dessus malgré tout. Et je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour tous mes potes de Noisy avec qui on a partagé tant de choses sur le terrain, j’aurais vraiment aimé me retrouver sur le près à vos côtés boosté par cette aventure néo-zélandaise. Papa, le calendrier et les circonstances géographique n’auront pas été en notre faveur pour que tu me vois envoyer des crochets et des cad-deb à tout va mais je n’oublierai pas le tout premier match officiel que j’ai joué à tes côtés. C’était un match dégueulasse mais pas suffisamment pour m’éviter de suivre tes traces 5 années durant, mieux vaut tard que jamais.
Voilà, c’est ainsi, je continuerai à m’entrainer sans contact, et à participer à la vie de groupe de mes potes, mais la compétition c’est terminé, je déchausse les crampons. C’est dur à admettre, tout joueur de rugby comprendra ma peine face à cette résignation forcée.
Une note pas très heureuse, j’en suis désolé, mais on a décidé ensemble de se raconter l’histoire, aujourd’hui la voici. Je nous laisse digérer ce post un jour ou deux, puis on reprend les choses en main, on a plein de choses à vous dire, et la vie est bien trop courte et pleine de surprises pour perdre son temps à se morfondre. Hier l’important c’était le mouvement, aujourd’hui l’important c’est le rebond.