CLAP DE FIN …
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Ce post devrait être le dernier de kiwialacoq. Mais je préfère le conditionnel à l’impératif. Chaque jour réserve son lot de surprise, cette année n’en a pas été exempt.
Nous sommes rentrés. Nous avons quitté notre île du bout du monde pour revenir aux pays des poulets. Au plutôt au pays des canards. Il aura fallu passer dix ans en terre kiwi pour finalement revenir aux sources généalogiques dans le Sud-Ouest de la France. Après toutes ces aventures pour devenir néo-zélandais, nous sommes désormais néo landais.
J’écris en ce moment en direct du terminal de Brisbane. Pour la seconde fois de l’année, mon premier vol pour traverser la terre a été annulé, entrainant une cascade d’emmerdes sur la suite de l’itinéraire. Depuis que nous avons choisi de rentrer en France quelques mois après la fin du tournage de la Planète de Singes, les emmerdes sont devenues une sorte de seconde nature. Je les prends avec beaucoup de philosophie en me disant que ça fera toujours des choses à raconter. Selon les enseignements bouddhistes, si un problème a une solution, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Si un problème n’a pas de solution, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Se pose alors la question de la complexité de la résolution quand solution il y a. L’enseignement se poursuit : les problèmes ne sont pas là pour nous accabler mais pour nous enseigner. Alors Feu.
Six semaines s’étaient écoulées entre la prise de décision de rentrer et notre vol. Six semaines pour se délester de dix ans de vie et n’emporter que l’essentiel. Des vides greniers tous les dimanches, des cas sociaux sans fin sur Facebook marketplace, des prises de têtes téléphoniques interminables avec le système de booking de Singapore Airlines. Je ne vais pas m’étendre sur l’odyssée admirative française, car nous n’en sortirions pas et ce n’est pas le sujet du blog. Le vrai sujet étant comment laisser dernière nous cette incroyable aventure. Il semblerait que ce soit compliqué.
Nous sommes revenus en juillet 2023 juste après le premier anniversaire d’Alicia. Nous sommes fin 2024, je rentre déjà de mon second séjour à Wellington. Deux nouveaux blocs d’Avatar 3 plus tard, le tournage est enfin bouclé (je crois …). Sortie prévue en décembre 2025. J’ai aussi eu la chance d’enfiler à nouveau la combinaison pour quelques jours bonus de tournage en bassin, quelle joie !
Le rush du départ avait donné lieu à des au revoir complètement déconnectés. Ce fut un réel soulagement de pouvoir passer du temps sans pression avec nos amis et de savoir apprécier encore un peu l’aura unique de Wellington.
Pour être tout à fait honnête, je suis encore loin d’avoir passé la phase de transition. Je suis très heureux d’avoir retrouvé nos proches, mais pour ce qui est du quotidien et du boulot, je me sens décalé. J’ai du mal à communier avec l’effet de groupe, à me réadapter au rythme et au flot « à la française ». L’empreinte de ces dix années a creusé des sillons plus profonds que je le pensais. Ce phénomène n’a rien d’exclusif, la plupart des expatriés vivent le retour à la maison avec beaucoup de difficultés. On en rentre évidement grandi mais les êtres autour de nous n’ont pas suivi la même courbe de croissance. On retrouve à la fois un environnement familier et loin de nous.
Je reprends l’écriture. Le vol Brisbane - Dubaï, déjà reporté de 24h, a aussi eu du retard, si bien que l’escale pour le vol vers Paris a dû être hyper speed. On nous a mis dans un bus prioritaire pour rejoindre un autre terminal et sa porte d’embarquement. Dans le processus, j’ai réussi à perdre mon portefeuille. Les emmerdes philosophie. Je ne me l’explique pas, je suis normalement très méthodique quand il s’agit de me déplacer avec mes effets personnels. La loi de Murphy, ce qui doit arriver finit par arriver (j’ai revu Interstellar en Imax il y a quelques jours pour ceux qui auraient la référence). Pas de panique, il ne s’agit que du portefeuille contenant mes documents néo-zélandais, les français sont saufs. Tout un symbole.
Étrangement, j'ai du mal à structurer ce post comme si la conclusion du blog ne sonnait pas tout à fait juste. Je pourrais revenir sur toutes ces étapes qui ont de loin surpassé notre imagination. Quand tout avait commencé autour d’une pinte avec Virginie dans un pub irlandais à Paris, où un défi sorti de nulle part allait définir une histoire incroyable. Puis, le road trip initial, les paysages rice crispies, plus époustouflants les uns que les autres, les randonnées pluvieuses, la fratrie en 2013, Wellington, le rugby, la fête, les petits boulots, les collocs, l’entrée en fanfare dans l’industrie hollywoodienne, le service d’immigration, la connexion avec l’océan. Nos enfants, nos petits kiwialcoqs. Notre foyer, nos bonheurs par milliers, nos peines, nos craintes, nos doutes, nos amis, notre famille. Si je pouvais avoir un super pouvoir aujourd’hui ce serait sans hésiter celui de la téléportation. Il m’éviterait d’avoir à choisir entre ces deux vies. Mais la famille gagne haut la main, tant pis pour la vague à l’âme. Voir ses enfants grandir près de leurs grands-parents, oncles, tantes, cousins n’a pas de prix. On sera toujours un peu différents, à la maison les dessins animés seront en anglais. Nos tatouages témoigneront de notre tentative d’appartenance à la puissance spirituel du Pacifique. Et nous y retournerons, quand le temps et le contexte nous l’autorisera, Tom et Alicia auront le droit d’appréhender plus profondément cette culture qui les a vu naître.
C’est dur de partir. S’expatrier, c’est gagner et perdre à la foi, revenir c’est gagner plus et perdre plus.
La fin est rarement la partie la plus excitante de l’histoire mais qu’importe, nous nous devions de fermer cette page. Nous étions partis à deux, nous revenons à quatre. Quelle fin plus merveilleuse que celle-ci ?
Virginie, Alicia, Tom et moi allons désormais ouvrir une nouvelle histoire qui j’en suis sûr sera elle aussi pleine d’aventures et de rebondissements. Les kiwialacoqs évoluent, nous sommes désormais des kiwis confis. Nous remercions tendrement tous nos proches qui nous ont soutenus et accompagnés durant ce périple fou. Je remercie aussi toutes celles et ceux qui nous ont lu et encouragé à poursuivre l’écriture de ce blog. Il fut un moyen d’échange fantastique et exutoire, et il formera une forme de journal qui conservera à jamais la mémoire de cette décennie épique.
On vous embrasse du fond du cœur les petits poulets, et on se voit à présent en chair et en plume quand vous le voulez.
E noho rā.
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