L'ÈRE DE LA DARONNADE
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Bonjour les Ptits Poulets. Presque trois ans et demi que ce blog a pris la poussière pixelisée. Tom, ce petit bout d’humain merveilleux, ce rayon de lumière a en effet chamboulé les règles du jeu comme le prévoyait le dernier post. Je crois qu’il a fallu du temps pour être en phase entre l’avant et l’après devenir parent afin de marteler à nouveau le clavier. C’est pourquoi avant de revenir succinctement sur les événements qui ont marqué nos vies personnelles et professionnelles ici bas durant ces trois années, j’aimerais partager le chemin intérieur parcouru et toujours à parcourir.
Ce chemin m’est propre, mais j’imagine qu’il saura résonner chez d’autres. Il est dit que lorsqu’on devient parent, toutes nos perspectives sont subitement changées et que nous sommes soudain corps et âmes dévoués à notre enfant. Je ne le nie pas. Tom est sans équivoque ma priorité absolue, mon amour et ma dévotion pour lui sont infinis. En revanche peu nous prépare face à la complexité de la transition, l’amour est soudain, l’équilibre entre l’individu et le père l’est moins. L’individu est le type d’avant cette date miraculeuse du 14 mai 2018. Celui gouverné par le rêve, l’ambition, l’aventure, le sport, la découverte, le voyage, ce « Yes Man » prêt à accepter tous les challenges surfant sur l’élan transcontinental de la liberté. Lui n’était pas prêt.
Il a fallu reconsidérer les notions de temps, d’argent, de confort, d’avenir.
L’individu a jusque là toujours fanfaronné lui, insouciant, confiant, naïf puis d’un seul coup Bam! Le père lui balance un grand coup de coude en pleine tronche et devient instantanément le nouveau boss. L’individu est choqué, groggy, confus, reclus, silencieux au départ. Puis avec le temps il devient frustré, en colère. Le surf attendra, le sport attendra, l’écriture, la création, les projets personnels attendront. Il hurle, frappe aux barreaux de sa cage de matière grise. Le père n’en démord pas, il est trop puissant. Travail, accumulation, confort, gestion domestique, transmission bienveillante et partage ludique, il se doit de rester au gouvernail de ce navire qui a pris un tout nouveau cap.
Le temps s’écoule, les nuits redeviennent progressivement réparatrices. Le père essuie la tempête et devient maître de son embarcation. Il navigue dans des eaux plus sereines. Le dialogue s’installe entre le père et l’individu. Naturellement la cage s’évapore, l’individu se libère. Mieux il se révèle.
En réalité l’individu n’est pas seul, il est multiple. Chacun possède sa propre équipe qui compose les traits de sa personnalité. Pour ma part, l’individu se compose de l’amant, de l’ami, du sportif, du technicien, de l’artiste. Le père reste et restera le capitaine mais il avait besoin de faire l’expérience qu’un navire sans équipage n’avance pas bien vite. Chaque membre doit être respecté, nourri, encouragé, aimé.
L’amant, le conjoint, l’époux pour certain, est le second en chef. Il est le socle du couple et le second pilier de la famille, il se doit de prendre soin de sa moitié autant que du père de son enfant. Et bien entendu il est aussi l’heureux détenteur de l’indispensable satisfaction charnelle.
Le sportif est le garant de la santé, il s’assure que la machine physique et psychique soit performante. L’effort, le défi, le plaisir, il est le chimiste responsable de la sécrétion d’une grande partie des neuro-transmetteurs du bien-être.
L’ami englobe également le membre de la famille au sens large, le fils, le frère, l’oncle… Il a pour fonction le lien social, le partage, l’ouverture, la fête, l’échange avec ceux qui lui sont chers ou qui le deviennent. C’est lui qui vous écrit aujourd’hui, peut-être un peu aidé par l’artiste.
Le technicien est sans doute celui que le père avait le moins mis de côté ces derniers temps car il estimait qu’il était le plus utile pour subvenir aux besoins matériels. Il est curieux, apprend sans cesse, suis l’évolution de ce monde technologique et canalise ce savoir à des fins lucratives.
L’artiste, à l’opposé, a été commis aux latrines ces derniers temps. Reprendre le blog est un premier pas vers son retour, il marche doucement vers le pont supérieur. Il a été délaissé alors qu’il est essentiel au développement spirituel. Après tout il composerait la quasi moitié du cerveau, un hémisphère rationnel, l’autre créatif. Je souhaite donc reprendre l’écriture et probablement la photo.
Dans cette nouvelle phase du blog, je ne vais pas illustrer nos histoires par des photos de nos aventures, en particulier parce que nous ne voulons pas que les photos de Tom soit trop exposées au domaine publique. Quand viendra l’âge, il sera libre et responsable de la gestion de son image et de sa présence digitale qui devient de plus en plus importante dans notre société. A la place les textes seront peut-être accompagnés d’images plus abstraites mais faisant parti de notre environnement.
Ainsi, l’équipage s’accorde. L’être se construit dans ce nouveau rôle. En pratique, l’organisation de la division de nos parcelles de temps quotidiennes s’avère être l’architecte de cet équilibre toujours en péril. La procrastination, l’incomplétude, l’engluement au smartphone sont les ennemis. Comme notre voisin Gandalf le dit si bien: « Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti ».
Déjà plus de trois ans, Tom est bilingue, il adore les fruits, le foot, les glaces-fusée, sa trottinette bleue, danser, la piscine, les bisous sandwich de ses parents. Il appelle les « galipettes », les « gali-pop » et rétorque « je suis un vrai mec » quand on le qualifie de « petit ». Il va à la crèche/maternelle depuis qu’il a six mois et cela devrait se poursuivre jusqu’à ses cinq ans, année de l’école obligatoire en Nouvelle-Zélande.
Sans surprise, Virginie s’est avérée être un roc en tant que Maman. Elle nous a trouvé notre nouveau chez nous, toujours à Miramar, et enfin ce nid douillet est rien que pour nous. Terminée la collocation, les casseroles qui accrochent et les poils de cul sur le savon. La superbe Maman a tenu la baraque dans tous les sens du terme. Durant mes longues heures de tournage, elle a dû et doit encore combiner son boulot et le développement de Tom sans aide familiale à proximité. Prenons un instant pour rendre hommage à toutes les mères, après ce qu’elles endurent physiquement de la grossesse à l’allaitement en passant par l’accouchement, ce qu’elles vivent au quotidien pour garder nos bouts de chou heureux et en bonne santé est excessivement plus éreintant que d’aller au boulot. Je suis entièrement reconnaissant et je ne peux que m’incliner face au courage, à l’endurance et au dévouement de Virginie. Mes balbutiements psychologique de père peuvent sembler accablant en comparaison, bien qu’il me semble que la Maman ait au même titre, voir d’avantage, besoin de choyer son équipage.
Le travail n’a pas été en reste. Cela a commencé avec une tournée exceptionnelle pour les besoins d’une série documentaire sur l’histoire du rugby. Ce projet a fait voler ma carcasse déplumée du Japon à l’Afrique du Sud, en passant par le Pays de Galle, l’Irlande, L’écosse et L’Angleterre. Virginie et Tom ont été cajoler en France durant cette période. Notre retour à Wellington a sonné le départ des tournages pharaoniques d’Avatar 2 et 3. Ce monstre logistique a été tourné à Wellington et Auckland après 2 ans à Los Angeles pour la partie « Performance Capture ». Une fois de plus James Cameron a révolutionné les techniques cinématographiques pour une expérience qui promet être hors du commun. Comme pour Alita ou Valerian, votre petit poulet Français était en charge de la gestion et la mise en place des 250 caméras de motion capture qui servent à la création de volumes virtuels pour chaque décors réel équivalent dans le but d’intégrer en direct l’action des personnages digitaux face aux personnages humains à filmer en stéréoscopie. Si cette phrase semble être du chinois, c’est normal. Elle transcrit la complexité technique de cette production sans précédent.
Ce n’est plus un secret aujourd’hui, l’élément aquatique sera un aspect très important de ces suites. Il y a cinq ans, j’entamais mes tous premiers cours de plongée. Au delà de l’exploration des fonds marins, j’ai toujours été fasciné par ces images d’entrainement des astronautes en piscine. Ou comment l’eau et le principe de flottabilité neutre est ce qui s’approche le plus de l’effet d’apesanteur. Sans vous baratiner, je saisi ce moment pour faire le coq et bomber le torse de fierté pour vous narrer cette histoire trempée. Les suites d’Avatar sont en développement depuis si longtemps que déjà au début de mon initiation sous-marine, les rumeurs laissaient entendre un tournage à Wellington avec un grande implication de l’eau dans l’intrigue du film. Cette idée vraiment impalpable à l’époque a toujours secrètement été le moteur principal qui m’a poussé à enchainer les niveaux de plongée jusqu’à obtenir mon titre professionnel. Ceci se combinant avec mon expérience acquise avec Weta, je commençais à percevoir l’opportunité d’un rêve fou. Le gros insecte multi-oscarisé a alors fait demande de mes services pour la partie « classique » du tournage jusqu’à ce que nous relocalisions la production dans des studios d’Auckland pour la partie aquatique. Le rêve était à porté de main mais encore loin d’être acquis. Après beaucoup d’insistance, d’argumentation, et une touche de forcing et d’insubordination, je suis parvenu à convaincre mes paires qu’il serait bénéfique que je sois dans l’eau pour faciliter certains besoins techniques de notre département. Voilà comment je suis devenu l’un des rares plongeurs de l’équipe d’Avatar. Mon travail sous l’eau consistait à cadrer les quatre caméras qui servaient aussi bien de référence pour les effets spéciaux que de surveillance pour les garants de la sécurité à la surface. Et plus prenant encore, j’ai dû assurer le rôle de photographe sous-marin aussi bien pour les références de effets visuels que pour le making off. La réalité a surpassé le fantasme. Malgré les douze heures en moyenne par jour dans une eau chloré à 32 degrés qui a été un peu brutal pour la peau, chaque seconde passée dans les bassins a été un pur régale. La structure des décors sous-marins nous permettant de nous déplacer par la traction et la propulsion des bras ou des jambes m’a réellement fait me sentir comme dans l’espace. Après tant de temps sous la surface, j’en oubliais les bouteilles, je ne pesais plus rien. Le volume d’air de mes poumons manifestait mon niveau de profondeur tel un mécanisme naturel de déplacement propre à cet environnement. J’étais comme en lévitation. J’exerçais mon travail dans un état de plénitude méditative.
Chaque opportunité depuis notre arrivée en Nouvelle Zélande n’a fait que gratifier notre exil. Luc Besson, Robert Rodriguez, Peter Jackson cela aurait suffit à faire fondre le coeur du lycéen de Melun qui séchait les cours pour aller dans les salles obscures. Mais être plongeur sur Avatar de James Cameron a surpassé tous mes voeux.
Après avoir mis la barre si haute, je me demande quel défi je pourrais me lancer. Je crois je vais me concentrer à harmoniser mon navire pour être un meilleur Papa, un meilleur conjoint, un meilleur ami, un meilleur technicien et peut-être un meilleur sportif et un meilleur artiste.
Il y aurait évidemment beaucoup d’autres choses à développer sur ces trois ans et demi, mais maintenant que le blog a fait son retour, nous pouvons toujours y revenir. Je crois qu’il est largement temps de vous libérer de cette lecture pour le moment. Si vous souhaitez que ce blog sois un peu plus interactif, n’hésitez pas à laisser des commentaires ou même des questions. Ça nous fait toujours un plaisir immense d’avoir des retours et de vos nouvelles. On vous kiff les Ptits Poulets!
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