DES PIXELS, DE L'EAU ET LA LIBERTÉ
L'hiver Français nous a gâté, le Texas m'a rincé, puis me voilà de nouveau réuni avec ma douce à la maison à Wellington. C'était au mois de Février. Une toute petite semaine de vacances splendides au Coromandel plus tard, Virginie et moi rejoignons la grosse machine Mortal Engines pour plus de quatre mois. Très peu de repos pour les braves, encore moins pour les chanceux. Mortal Engines est le nouveau film produit par Sir Peter Jackson, réalisé par son acolyte Christian Rivers et entièrement tourné dans les studios de Stone Street en bas de chez nous. L'histoire, adaptée d'un roman, se déroule dans un futur lointain, un évènement apocalyptique a dévasté la Terre telle qu'on la connaît. Désormais, les cités ont besoin de se déplacer constamment pour leur survie à la recherche de nouvelles ressources ou en pillant les cités adverses. Ces cités sont donc d'énormes véhicules de centaines de mètre voir kilomètres de diamètre supportées par des roues gigantesques leur permettant de rouler d'un bout à l'autre des continents. Ca promet encore de gros casse-têtes visuels pour les artistes et techniciens de Weta.
Mais revenons à nos poulets, pour ce film Virginie a fait ses premiers pas officiels dans l'engrenage insatiable du cinéma. Tel Jason Statham dans le Transporteur ou Samy Naceri dans Taxi, ses pas, elle les a surtout posés sur les pédales de sa Toyota Camry flambant neuve. Dans un style plus souple et un peu moins nerveux, elle était "cast driver". Parmi beaucoup d'autres, la fonction première du cast driver est de sortir les acteurs du lit, de supporter avec sourire leurs humeurs matinales bougonneuses et d'être sûr de livrer le colis à l'heure exact dans la loge maquillage. Avec certains acteurs, c'est charmant, avec d'autres, moins.
C'était une première pour moi également, puisque j'ai occupé la fonction de DIT (Digital Imaging Technician). Délaissant le gang de Motion Capture sur un nouveau projet à Atlanta, je m'essaie donc à cette nouvelle mission pour la "second unit" de Mortal Engines. Le rôle du DIT est d'être le garant du contrôle qualité de l'image. Travaillant étroitement avec le directeur de la photographie, il doit s'assurer que l'exposition est juste, que le point est toujours net, que rien ne vient perturber l'image, flare, objectif sale, matériel dans le champ... Mais surtout, le plus intéressant est d'être l'étalonneur de l'image sur le plateau. Dû à une gamme de dynamique élevée, les caméras de cinéma digitales enregistrent une image terne et laiteuse avec peu de contraste et de couleur de manière à avoir plus de possibilité et de contrôle en post-production. Cependant sur le plateau, cette image n'est pas vraiment flatteuse et ne reflète pas l'intention du directeur de la photographie. C'est pourquoi le DIT utilise des outils qui lui permettent de manipuler le contraste et la couleur de l'image pour un rendu plus proche de ce que les spectateurs verront en salle. Ce métier a vu le jour avec l'avènement du cinéma numérique et est maintenant présent sur bon nombre de productions... Voilà voilà. Pas super excitant mais au moins ça vous formalise un peu avec ce qu'on fout chez les kiwis, et ça vous épargnera trois minutes pénibles quand on se verra dans quelques jours les Ptits Poulets. En vérité ça sonne chiant parce que c'est technique mais c'est vraiment intéressant d'apporter une petite touche créative au look de l'image d'un gros Blockbuster Hollywoodien. Virginie a aussi vécu une très belle aventure au quotidien avec des comédiens formidables comme Hugo Weaving, Steven Lang, la petite Poppy McLeod et d'autres. En photo de post, vous nous voyez en train de représenter la French touch pendant la fête de fin de tournage.
Fin juillet, le calme revient sur la cinémasphère de Wellington, une nouvelle envie d'escapade nous chatouillent les mollets, mais nos visas (encore je sais, on y est presque) nous ancrent ici pour plus d'un mois. Éduqués à l'école savoir tirer parti de toutes situations, on ne déroge pas à la règle. Virginie, aussi allergique à l'inactivité qu'à la pénicilline, reprend d'emblé son boulot dans la vente. Quand à moi, bien qu'il ne m'effraie malheureusement pas de copiner avec l'ami glandouille, je profite de ce long mois pour continuer à explorer les fonds marins à onze degrés, jusqu'à passer une ribambelle (c'est marrant ribambelle, comme de balancer "poudre de perlimpinpin" à la face de Le Pen) d'examens pratiques et théoriques pour devenir PADI Divemaster. C'est maintenant choses faite. C'est un peu comme devenir ceinture noire premier dan de plongée, tu maitrises, tu peux enseigner les bases et gérer des groupes, mais il y a encore un long chemin à parcourir pour devenir un vrai jedi.
Cast driver, DIT, vendeuse, Divemaster, ça ne chôme chez les cousins du poulet au long bec. Tout ça explique vaguement les pixels et la flotte, mais la liberté? Soyez patients, c'est un peu le crédo du pays quand t'es étranger. D'ici quelques jours, après quatre ans et demi de rameur à contre courant, un petit papier bleu pas plus grand qu'une feuille de papier toilette, devrait vous donner la paix avec nos histoires de visa. D'ici quelques jours nous serons enfin résidents permanents Néo Zélandais, ce qui nous autorisera à travailler, aller et venir entre la Nouvelle Zélande et l'Europe comme bon nous semble sans limite de temps. C'est pourquoi dès que le P-cul torcheur de Schtroumpfs s'étale sur notre passeport, on saute dans le premier avion vers Paris pour partager le champagne avec vos trognes.
(*no offense to the New Zealand immigration services, this comical metaphore only reflects the excitment of our state of mind. We are and will be forever grateful to you for accepting us in your beautiful country)
Quelques jours nous séparent du paragraphe précédent, et voici chose faîte. Nous sommes, passeport en poche, officiellement résidents permanents. L'avion décolle dans deux jours, loin du vent et de la pluie de l'hiver Wellingtonien. On va essayer de capter toute la chaleur restante de l'été français. Et si le temps n'est pas au rendez vous, la chaleur viendra de vous tous quoiqu'il arrive. On vient recharger nos batteries affectives pour se préparer à braver de nouvelles montagnes. On trépigne, on bout... on arrive !
A très vite les Ptis Poulets!



