WEST WORLD
Le monde perd un peu plus la boule chaque jour. Trump vient d'être élu président, le premier ministre néo zélandais vient de démissionner, et en France on a du Fillon du Valls et du Le Pen à l'horizon. On dirait un mauvais scénario d'une réalité alternée, mais ce n'est que la politique après tout et ces guignols ne seront jamais au contrôle de nos âmes. Pendant ce temps, des pionniers se préparent sérieusement à aller sur Mars, nous filmons des comédiens avec des combinaisons moulantes et des petites boules blanches pour en faire des cyborgs aux capacités hors normes.
Sur les terres de Trump et de la conquête spatiale, là où tous les extrêmes et les paradoxes se regardent avec hébétude, un ptit poulet se décarcasse au service de Robert Rodriguez et James Cameron.
Début septembre, j'atterris au Texas. 16 ans plus tôt, j'étais à Saint-Pandelon et je dévorais les pages à contre sens de l'œuvre graphique de Yukito Kishiro: Gunmm. Les anglo-saxons la connaissent sous le nom d'Alita Battle Angel, l'histoire d'une petite cyborg amnésique qui tente de trouver sa place dans un futur post apocalyptique et qui s'avère être une redoutable combattante dans monde de violence, de sang et de métal. Entre temps Cameron en a racheté les droits et a donné les reines de la mise en scène à Rodriguez. Nous avons déjà tourné plus de la moitié du film et ca va être puissant. Je suis toujours silencieusement abasourdi du fait d'être là, le ptit français avec son accent rigolo au milieu de ces poids lourds américains qui ont créé Avatar, Terminator, Sin City, Matrix et tant d'autres. J'ai envi de chuchoter à l'ado lisant dans la maison des grands parents: "T'as raison d'y croire mec, ça va le faire." Mais ça gâcherait l'effet de surprise.
Et comme toujours la réalité du quotidien, le fait de faire partie de cette grosse machine, calme les ardeurs de l'émerveillement pour laisser place à la concentration du professionnel et de sa mission. 14 heures par jour, 5 jours sur 7, alternant tournage de nuit et de jour régulièrement, le principe de l'horloge biologique est un concept totalement étranger à l'industrie du cinéma. En contrepartie la cantine du tournage est royale, ça me fait mal de le dire mais la cantine du Texas est bien meilleure que celle qu'on avait à Paris, exception faite pour le fromage et les desserts évidemment. Pour l'exemple, un jour comme les autres, des homards entiers sont passés du grill géant à nos assiettes. C'est assez amusant de s'apercevoir que le niveau culinaire de la cantine est bien supérieur à la très grande majorité des restaurants d'Austin, l'inverse était tout aussi manifeste à Paris.
Ainsi nourri comme un prince mais manquant de sommeil, je travaille dur, j'essaie de faire plus, de faire mieux en étant guidé par deux choses. La première est le plaisir de mon travail et du travail bien fait, de contribuer au succès de l'achèvement technologique pour lequel nous sommes là. La seconde est malheureusement toujours ce sentiment d'incertitude propre à tous les freelances, la crainte probablement idiote mais présente que ce projet soit le dernier, que cette aventure ne se répète pas, ajoutant à cela cette sensation sourde d'illégitimité dans ce microcosme anglo-saxon. C'est une chose d'entrer dans la cours des grands, c'en est une autre de devenir grand.
Mais à défaut d'être négatif et dans une moindre mesure que la passion, ces doutes persistants sont aussi un moteur pour apprendre plus, faire plus, regarder devant, acquérir de nouvelles aptitudes et perfectionner ses compétences.
C'est probablement dû à la déformation professionnelle, mais la science et la technologie m'intriguent et me passionnent de plus en plus. J'ai l'impression que nous sommes à l'aube d'un renouveau technologique avec l'espoir que la préservation de planète sera au cœur de ce renouveau. L'hyper connectivité, l'accès à la connaissance, les nouvelles formes d'énergie propres, le regain d'enthousiasme pour la conquête spatiale, une vague d'optimisme et de progrès est palpable mais nos représentants n'en sont pas du tout le reflet. Donc Fuck la politique et leur idées étroites, et allons visiter la NASA ou surfer une vague artificielle créé par une machine gigantesque.
Après tout, on n'a pas tous la chance de vivre au bord de l'océan. L'adage dit que "Tout est plus grand au Texas", c'est vrai pour les voitures, les routes, les parkings, les portions dans les assiettes, mais aussi bien pour être le premier endroit à monde à créer un lac artificiel avec une machine à vague surfable. Je m'y suis laissé tenter deux fois, en y laissant un petit bout de mois même la seconde fois, avec un scalpe net de la peau de mon petit orteil, mais ça en valait le détour et ça a repoussé depuis. J'ai également trempé la longboard du côté de Galveston dans le golf du Mexique, après une journée incroyable au centre spatiale de la NASA. En plus de la partie historique du musée, c'est une expérience fascinante de pouvoir visiter l'actuelle Mission Control, ainsi que le centre d'entraînement des astronautes. Comme si la Nouvelle Zélande n'était pas assez loin, me voilà encore en train de rêver, la tête dans les étoiles, et les pieds sur un sol rouge désertique. Est-il trop tard pour devenir ingénieur en astrophysique?...
Austin est une ville plutôt chouette à vivre, on y explore ses bars, ses concerts, ses restaurants, ses alentours en randonnée, sa rivière Colorado, ses grottes, ses parcs d'attractions. L'obsession des américains pour leurs sports est démente, le stade de football universitaire des Texas Longhorn contient 110 000 places, juste pour des étudiants qui jouent au ballon, 30 000 places de plus que le stade de France et c'est blindé tous les week ends.
Il m'était impossible d'éviter de voir jouer les Spurs dans leurs arènes, malheureusement notre Tony Parker national était blessé ce jour là, j'ai simplement pu le voir supporter son équipe qui a perdu sans lui. Puis en bonus, j'ai eu la chance d'assister à ma première course live de formule 1.
Ce ne sont pas les activités qui manquent, et sortir avec les amis et les collègues est plaisant, mais 14 semaines loin de sa moitié, ca commence à faire long. Durant ces trois derniers mois, Virginie a négocié son départ progressif de Prolife food pour commencer à travailler pour une nouvelle société d'avantage portée sur la vente et l'introduction de nouveaux produits sur le marché. Un travail beaucoup plus proche du client, où la tchache est de mise, Virginie s'y régale, ça semble complètement infaisable pour moi. Mais le petit plus, c'est que ce boulot permet d'organiser son calendrier à sa guise, ce qui est très pratique vu nos vies de globe trotters. Déjà en France, puis à Londres, puis au Portugal depuis quelques semaines, je souris amoureusement à l'idée de la voir m'accueillir à l'aéroport de Toulouse dans quelques jours. Et mon sourire s'agrandit en sachant que nous allons passer quatre semaines avec toute la famille en cette période de fêtes, avant de repartir au Texas pour finir de donner vie à Alita / Gally jusqu'à mi février.
Voilà ce qui se passe chez les cow boys, les pick up, et les barbecue fumés, Anthony Hopkins joue à Dieu avec l'intelligence artificielle dans la série western de science fiction Westworld, je vous écris alors qu'il y a quelques heures j'ai bouffé les cuisses de poulets les plus épicées de ma vie, j'étais à la limite de m'évanouir, une bonne blonde m'a sauvé encore une fois.
A très bientôt les Ptits Poulets, Yeeehaaaa !!!!




