Le Grand Départ
Kia ora, les Ptits Poulets. Ca fait un bout depuis l'Australie. Ecrire le blog était inscrit en gros sur la longue liste de choses à faire avant de revenir au Pays de la volaille. Mais conter son histoire est un luxe abusivement chronophage lorsqu'on est trop occupé à la vivre.
De l'annonce tant attendue de la résidence, à nos déménagements en Nouvelle Zélande et en France, en passant par la surprise du lancement de la nouvelle génération des Le Breton, le passage des 30 balais, le Tour de France des membres du clan Simao Le Breton, Virginie et moi avons été emporté dans un tourbillon infernal d'émotions.
Il y a environ 7 semaines, un email de l'immigration m'annonce que notre statut a été mis à jour. Je clique dessus sans siller, hâte d'en finir avec cette attente interminable. Puis ce mot, ce simple mot minuscule qui définit tout notre avenir: "approved". Ce mot, comme un coup de poing dans la poitrine, sonne le lancement d'un marathon qui s'achève à la minute où je commence à écrire ces phrases. Je suis assis au deuxième étage de notre nouveau chez nous, je passe plus de temps à regarder la vue magnifique qui s'étend sous mes yeux que l'écran de l'ordinateur. Au loin, les monts enneigés de l'île du Sud viennent cisaillés l'horizon bleue séparant le ciel et la mer. La colline d'Houghton Bay, socle de notre ancienne maison, déploie sa jupe verte dans les eaux claires de Lyall Bay. Des surfeurs profitent du vent offshore. Mes jumelles, cadeau providentiel de Papa pour mes 30 ans, me permettent d'observer leurs take off avec des yeux d'aigles, ils me narguent, m'incitent à les rejoindre. Mais plus tard, l'heure est à l'écriture. Je baisse les yeux, l'énorme terrasse attend sagement ses heures de poilade entre amis réchauffée par le barbecue fumant, le son des verres qui s'entrechoquent perçant la brise de Wellington. Je relève les yeux, un lit de toits et de verdure habille la péninsule vallonnée de Miramar. Je continue, j'arrive sur le Golf, Grand Père voilà une autre bonne raison de venir. Et juste avant de retrouver la baie et ses surfeurs, l'aéroport dans son balaie d'avions noirs ou blancs nous rappellent sans cesse que le monde est à porter de main.
Voilà, c'est là où nous habitons maintenant au 165 Townsend Road, Miramar, 6022 WELLINGTON, j'espère que ça va vous inciter à venir nous voir.
Je pourrais revenir sur plein d'évènements, il s'en est passé des trucs ces trois derniers mois, mais à force de repousser l'écriture, on se fait prendre à son propre jeu. Alors je vais laisser les sentiments devenir maîtres du récit, bordeliques, confus, incertains, déstructurés, un mélange de joie immense, de tristesse, de nostalgie, d'excitation, de fierté, d'angoisse, de manque, d'espoir, la vie quoi.
30 ans, résidents Néo Zélandais, bientôt Tonton et Tata pour la première fois, des déménagements dans les deux hémisphères, ça a de quoi secouer le cocotier. Et comme une touche d'ironie dont le sort a le secret, après un mois en France, la visite si émouvante et comme toujours trop courte de tous nos proches, et un déménagement définitif épuisant, nous regardons "La Famille Bélier" dans l'avion (regardez ce film). L'histoire d'une jeune fille qui quitte le nid familial pour poursuivre ses rêves. Elle chante. Elle chante ça:
Mes chers parents je pars
Je vous aime mais je pars
Vous n'aurez plus d'enfants
Ce soir
Je ne m'enfuis pas je vole
Comprenez bien je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole, je vole
Elle m'observait hier
Soucieuse, troublée, ma mère
Comme si elle le sentait
En fait elle se doutait
Entendait
J'ai dit que j'étais bien
Tout à fait l'air serein
Elle a fait comme de rien
Et mon père démuni
A souri
Ne pas se retourner
S'éloigner un peu plus
Il y a à Gard une autre gare
Et enfin l'Atlantique
Mes chers parents je pars
Je vous aime mais je pars
Vous n'aurez plus d'enfants
Ce soir
Je ne m'enfuis pas je vole
Comprenez bien je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole, je vole
Je me demande sur ma route
Si mes parents se doutent
Que mes larmes ont coulé
Mes promesses et l'envie d'avancer
Seulement croire en ma vie
Voir tout ce qui m'est promis
Pourquoi, où et comment
Dans ce train qui s'éloigne
Chaque instant
C'est bizarre cette cage
Qui me bloque la poitrine
Je ne peux plus respirer
Ça m'empêche de chanter
Mes chers parents je pars
Je vous aime mais je pars
Vous n'aurez plus d'enfants
Ce soir
Je ne m'enfuis pas je vole
Comprenez bien je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole
Lalalala
Lalalala
Lalalala
Je vole, je vole
La musique, le timbre de la gamine, la fatigue, le contexte évidement, je n'ai pour habitude d'être très démonstratifs dans mes émotions, mais là... il y a eu comme un lâcher prise, je me suis abondamment hydraté les pommettes, et la moustache également pour ceux qui pensent que chialer c'est classe. Virginie n'en menait pas large non plus à côté. Ca fait plus de deux ans et demi qu'on est au Pays du Long Nuage Blanc, on pensait être préparé mais la résidence, savoir qu'on est parti pour de bon sans échéance de retour, ça fait quelque chose.
Nogent sur Marne n'est plus, la région parisienne nous a officiellement fermé ses portes. La capitale Wellington a largement volé la vedette à Paris dans nos cœurs et dans nos vies. Le rêve se poursuit à l'autre bout du monde sans regret, mais chaque jour la France nous manque et nous manquera, toutes les personnes formidables qui nous ont élevés, nous aime, nos familles, nos amis, nos fous rires, nos virées folles, nos aventures, le fromage, le vin, la charcuterie, les petits écoliers de LU, l'océan atlantique, les Landes, l'Aveyron, Toulouse, la Vendée, les Alpes, tous ces lieux superbes chargées d'histoire, la France c'est splendide, il n'y a aucun doute là dessus. Simplement en grandissant, certains ont des rêves d'ailleurs, de lointain. Alors on est parti au plus loin pour que tout le reste du monde ne soit finalement qu'à mi chemin.
Adolescent, je me voyais sur les plateaux de cinéma américain, fasciné par Spielberg, Lucas, Scott et tant d'autres, ces plateaux je suis allé les chercher pas exactement là où je l'imaginais, mais entre temps je suis devenu surfeur, rugbyman puis il y a eu le Seigneur des Anneaux et la découverte de ces paysages incroyables. Beaucoup encore nous demande pourquoi la Nouvelle Zélande? Pour toutes ces raisons. Et contrairement à la France, la Nouvelle Zélande est un pays neuf, c'est curieux comme adjectif pour définir un pays, mais ça se traduit très clairement sur le terrain. Nous ne sommes pas freinés par une bureaucratie sclérosée, on embrasse les idées neuves plutôt que d'en avoir peur, on accueille les origines diverses avec curiosité et volonté d'apprendre de nos différences. Weta est un parfait exemple de cet élan, plus de 1000 employés venant du monde entier et la meilleure société d'effets spéciaux numériques au monde. L'ambiance générale en Europe est malheureusement plutôt morose en ce moment, alors qu'ici l'avenir est globalement optimiste et ça change beaucoup de choses dans le rapport aux autres et la volonté d'entreprendre au sens large du terme.
Ecrire ce genre de trucs nous met un peu la pression dans le sens où ça sous-entend qu'il faut qu'on vous en mette plein le yeux sur le plan de l'achèvement professionnel, ne placez pas vos attentes trop hautes, notre objectif est bien plus modeste, il s'agit d'être heureux.
On croise régulièrement des Français ici qui comme nous sont tombés amoureux du pays, mais rare sont ceux qui parviennent à rester à long terme. Vous avez pu le comprendre au fil de nos complaintes, l'immigration c'est plutôt coriace à passer. La plupart arrive à la fin de leur Working Holiday Visa et rentre sans avoir eu l'opportunité de rester. J'insiste encore sur notre situation et la chance que j'ai d'avoir Virginie qui s'est littéralement sacrifiée jusqu'à l'obtention de la résidence à ne pouvoir travailler que pour sa boîte en étant pris en otage par les termes de son visa de travail. Grâce à elle et étant rattaché à son visa, j'ai pu tracer mon chemin en freelance jusqu'à devenir un atout suffisamment solide pour le pays afin de pouvoir prétendre à la résidence. Aujourd'hui nous sommes tous les deux résidents et Virginie est libérée de ses chaînes, elle peut à présent renégocier ses salaires, faire jouer la concurrence et partir si elle le souhaite. Pour résumer, on forme une équipe de choc, individuellement aucun de nous n'aurait été capable d'obtenir la résidence. En ces temps de coupe du monde du rugby, on peut dire que c'est du beau travail d'équipe. Ou sans faire d'analogie sportive, je crois qu'on appelle ça de l'amour.
De l'amour, on en a reçu à foison pendant ce mois de septembre, les batteries sont rechargées à bloc pour une nouvelle année. Être avec vous nous fait un bien fou, en contrepartie c'est chaque fois un violent crève cœur de vous quitter à nouveau. Merci de nous avoir gâter à l'excès, de nous avoir gavés des douceurs de France, les plus savoureuses au monde. Merci de toujours nous encourager dans notre choix de vie malgré la peine qu'il engendre. Merci d'avoir fait de nous des rêveurs et des aventuriers. Depuis notre retour, dans cette superbe baraque, une nouvelle habitude s'est aussitôt installée. Au réveil, nous ouvrons les rideaux, nous scrutons l'horizon lointaine, une nouvelle journée commence pleine de promesses, d'aventures et de défis.
Ca gigote par ici, on va s'approcher un peu pour voir de quoi il s'agit et on vous dit dès qu'on sait. Laçons nos pompes, zippons nos vestes, on y va, c'est le grand départ. Restez connectés. On vous aime les Ptits Poulets.















































