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Jusqu’au sommet

Publié le par Martin

Jusqu’au sommet

Journée off pour Virginie. Tandis qu’elle vaque à ses occupations, je profite de ce 29 mai, l’anniversaire du daron, pour me lancer un ptit défi : l’ascension du mont Stevens, altitude au sommet 1213m soit plus de 1000m de dénivelé et 14km du point de départ. La pancarte indique 6 à 8h pour faire l’aller retour.

C’est alors que commence la marche la plus hard depuis le début du voyage. Au commencement le chemin est une pataugeoire de boue et d’eau trouble, je tiens à remercier l’inventeur du gore tex. Puis je m’enfonce dans le bush originel, la pente forcie petit à petit. Désormais nous appellerons le chemin : passage. La forêt m’engloutit, les racines font office de marches, et même de prises. Cuisses et mollets commencent à sérieusement chauffer, je m’équipe de deux nouveaux alliés croisés en chemin, deux bâtons pour me hisser haut, santiano.

Le corps fatigue, le mental doit prendre le relai. Il existe un coup de boost idéal, la musique. Epopée musicale dans les oreilles, le destin symphonique de mes héros fictifs décuple mon énergie.

A mi distance, une belle surprise vient augmenter le niveau de difficulté, la neige. Je mets un nouveau coup d’accélérateur, semelles et pointes de bâtons arrachent les flancs de la montagne, mon âme sourit. C’est raide, j’en chie et j’adore ça. Grimpe, élève toi, ne t’arrête pas, n’abandonne pas, une fois en haut tu sauras pourquoi ça vaut le coup de se donner autant de peine. Quelques heures seulement et la vie rencontre sa métaphore. Grimpe encore, l’effort et la difficulté agissent comme un révélateur. L’adulte renoue avec l’enfant assoiffé d’aventures qui allait explorer les bois escarpés derrière la maison des grands parents s’inventant toutes sortes d’histoires chevaleresques. Mais rien n’a changé, c’est toujours la même personne, ça l’a toujours été. Seulement aujourd’hui mes jambes peuvent me porter bien plus haut. Je continue, la musique me transporte, j’accélère.

Puis soudain, la lumière s’intensifie, je sors de la forêt, le sommet est à quelques centaines de mètres. Je ne veux pas faire la même erreur qu’Orphée, je ne regarde pas, je fonce tête baissée, je veux me prendre la claque une fois arrivé.

CLAAAAAAAAAAQUE !!!!!!! A présent je ne pense plus, je contemple et je profite, parler dans ma tête serait faire offense à la quiétude de l’endroit.

Ca en valait la peine. Je reste au sommet une heure le temps d’apprécier à leur juste valeur la saveur particulièrement gratifiante de la vache qui rit et du jambon généreusement maintenus en deux tranches de pain de mie. Et bien sûr j’accorde à cet instant quelques gorgées de « la fierté du sud » que je partage avec Mont pote Stevens. Panorama grandiose à 360° ; au nord, la mer, au sud la montagne. J’immortalise l’instant en photos et j’attaque la descente. J’abandonne mes deux compagnons d’ascension en leur faisant l’honneur de les fixer sur la girouette symbole du sommet.

Je pensais faire de la randonnée, la montée ressemblait plus à de l’escalade, et la descente à du ski. Ecouteurs à nouveau sur les oreilles, je trace, la réponse musculaire de mes jambes est une peu hésitante après cette montée ardue mais peu importe. Je cours, je me laisse entrainer par la gravité, je glisse sur la neige, les cailloux, les racines, mes mains chopent sans arrêt de branches au passage pour contrôler ma vitesse. Mieux vaut ne pas tomber, la chute risque d’être très longue et douloureuse. Tout va très vite, la concentration est à son paroxysme pour analyser instantanément la prise d’appui la plus sûre. Une première chute dans la neige, je me rétablis tout suite ; une autre, une fraction de seconde, une pierre se dérobe sous mon pied, je m’accroche à une branche horizontale au dessus de ma tête, mon poids est entrainé vers l’avant, et je reste ainsi complètement suspendu à cette branche le corps balançant dans le vide… cool ! Je continue à foncer sans gamelle, je m’éclate, pure sensation de glisse. J’hallucine encore d’avoir monté tout ça. La fin du chemin redevient plate. Mais je continue de courir, histoire d’aller vraiment au bout de l’effort. La pataugeoire finale achève définitivement de me dégueulasser. Mais j’aperçois enfin la ligne d’arrivée, Virginie et Patrick me récupèrent chaleureusement. Verdict, alors que le panneau indiquait 6 à 8h pour faire l’aller retour, je l’ai fait en 3h40, 2h40 de montée, une heure de descente. Pas mal pour un rugbyman buveur de bière (c’est un pléonasme).

Jusqu’au sommet
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