L’inévitable appel de l’eau
Le dernier jour de direct se termine avec succès. Tout le monde se congratule, l’Actis crew entame sa remballe, efficacité au rendez vous une fois de plus, ni une ni deux, le matos est plié. Mais quelque chose me chiffonne, me manque pour valider pleinement ce trip. Cela fait deux semaines qu’on vit au contact de l’Amazone, mais depuis le départ, la consigne générale nous interdit de nous baigner. Raisons invoquées : parasites dans l’eau, petits poissons mystérieux qui s’introduiraient dans les orifices, crocodiles, anacondas, piranhas (on a vu une vidéo montrant des piranhas transformant une jambes de buffle entière en os parfaitement propres en 3min, impressionnant), des détails quoi. Et l’opacité marron de l’eau nous empêche de voir notre main à 10 cm. Pourtant, l’humidité est omniprésente, la température du fleuve est parfaite, la pluie est une aubaine, les trajets en speed boat nous chatouillent la voute plantaire, la ferme régie est une pataugeoire boueuse, et les douches pompent l’eau du fleuve.
Le bateau démarre et nous remmène vers Macapa. Mes yeux sont braqués sur la flotte, je suis en maillot comme quasiment la moitié du temps ici, et je ressens une sensation de vertige. Cette eau que nous quittons m’attire terriblement. Un des membres de l’équipage se lave à fleur d’eau au bord du bateau en puisant la flotte avec un pichet. Je le rejoins, il semble un peu surpris, puis il m’invite à l’imiter en se marrant, c’est toujours mieux que rien.
Le bateau fait une courte halte le long d’un ponton où sont amarrés les deux autres bateaux avec les équipes chinoises et brésiliennes, la dernière occasion de tous se retrouver un court instant avant la dispersion définitive. Les plus agiles grimpent de bateau en bateau pour un dernier tour d’honneur pour finalement se retrouver sur le ponton pour une grande photo de famille. Je suis en ébullition, je ne peux plus résister. Accélération, saut du ponton, grosse bombe dans la baille, au diable les crocos, piranhas, anacondas et autres saloperies. Ce splash à un goût de libération. Le doute s’installe quelques secondes sur le visage des autres, puis tous prennent leur envole et s’éclate comme des gamins dans la flotte. Les plus téméraires vont même jusqu’à exécuter la pensée initiale qui m’est venue la première fois que j’ai vu ce bateau, sauter du pont supérieur. C’était un instant d’euphorie partagée, rieur, ludique, bruyant, enjoué. J’aurais été malheureux de rater ça, alors je l’ai provoqué, on s'est régalé et tant pis pour les instructions chinoises, le job était fait.